EIP et PLCI : faut-il vraiment bloquer votre argent jusqu’à la pension ?

Dans cet article

En bref

L’EIP et la PLCI offrent de réels avantages fiscaux, mais plusieurs éléments méritent d’être examinés avant de les maximiser automatiquement.

L’objectif n’est pas d’abandonner ces produits, mais de les intégrer intelligemment dans une stratégie patrimoniale globale.
EIP et PLCI sont souvent présentés comme des incontournables pour le dirigeant d’entreprise.
Et pour cause : ils offrent de vrais avantages fiscaux pour préparer sa pension.
 

Mais fiscalement intéressant ne signifie pas automatiquement financièrement optimal.
Frais d’entrée, taxes, frais de gestion, rendement et surtout argent immobilisé pendant parfois plusieurs dizaines d’années.

Il ne faut pas perdre de vue que la pension complémentaire, qu’elle prenne la forme d’une PLCI ou d’un EIP, dépend directement d’une rémunération soumise à l’IPP.

Pour l’EIP en particulier, cette rémunération doit souvent être suffisamment élevée pour permettre la constitution d’un capital pension intéressant, ce qui s’avère paradoxalement contre-productif sur le plan fiscal : opter pour une rémunération plus importante revient à subir une taxation IPP lourde et progressive, année après année.

À l’inverse, une stratégie combinant une rémunération modérée, voire réduite, complétée par un POA et par des investissements dans des fonds ou des ETF, aboutit généralement à un résultat net plus favorable, en évitant l’écueil d’une pression fiscale excessive sur les revenus professionnels.

Chez Fiscal Team, nous préférons regarder l’ensemble de l’équation avant de maximiser une pension complémentaire.

EIP et PLCI : de quoi parle-t-on ?

PLCI vs EIP : deux piliers, deux logiques
PLCI Pension Libre Complémentaire pour Indépendants
Principe
L'indépendant verse chaque année une cotisation pour sa pension complémentaire.
Plafond 2026
Jusqu'à 8,50 % du revenu professionnel de référence. En PLCI Sociale, ce taux monte à 9,77 %.
Avantage fiscal
Cotisations fiscalement déductibles et réduction de la base de calcul des cotisations sociales.
VS
EIP Engagement Individuel de Pension
Principe
Financé directement par la société au profit de son dirigeant.
Condition clé
La règle des 80 % doit être respectée.
Primes déductibles à l'ISoc
Attention
L'avantage fiscal est réel, mais il ne faut pas s'arrêter à cette économie d'impôt.
Fiscalement intéressant ne signifie pas financièrement optimal

Le premier coût : les frais d'entrée

C’est un élément souvent oublié.

Pour une PLCI comme pour un EIP, des frais d’entrée peuvent être prélevés à chaque versement.

Ils varient selon le produit, l’assureur et l’intermédiaire, mais ils tournent fréquemment autour de 3 %.

Cela signifie que lorsque vous versez 10.000 €, l’intégralité de cette somme ne commence pas nécessairement à produire un rendement.

Dans le cas de l’EIP, il faut encore ajouter une taxe de 4,4 % sur les primes. Autrement dit, un EIP peut déjà supporter plusieurs coûts avant même de commencer réellement à travailler pour votre pension.
Vous versez 10 000 €.
Combien travaille réellement pour vous ?
10 000 €
Versement
- 3 %
Frais d'entrée
souvent ± 3 % selon le contrat
- 4,4 %
Taxe sur primes (EIP uniquement)
PLCI
Pas de taxe sur les primes.
Seuls les frais d'entrée s'appliquent.
± 9 700 € investis
EIP
Frais d'entrée + taxe de 4,4 % sur les primes.
± 9 260 € investis
Plusieurs coûts avant même de commencer à travailler pour votre pension

Quels sont les principaux coûts ?

Les frais exacts doivent toujours être vérifiés dans le contrat.

Un produit affichant un avantage fiscal important peut en effet être moins intéressant que prévu si les frais sont élevés et le rendement faible.
PLCI
EIP
Frais d'entrée
Souvent ± 3 %, selon le contrat
Frais d'entrée
Souvent ± 3 %, selon le contrat
Taxe sur les primes
0 %
Taxe sur les primes
4,4 %
Frais de gestion
Variables
Frais de gestion
Variables
Cotisation INAMI à la sortie
3,55 %
Cotisation INAMI à la sortie
3,55 %
Cotisation de solidarité
Jusqu'à 2 %
Cotisation de solidarité
Jusqu'à 2 %
Cotisation Wijninckx
non applicable
Cotisation Wijninckx
12,5 % (si le capital dépasse le seuil légal)
Imposition finale
Rente fictive
Imposition finale
Variable selon l'âge et les conditions
Des frais et taxes à comparer avant de maximiser un contrat

Et concrètement, que reste-t-il à la sortie ?

À la pension, le capital ne vous revient pas intégralement. Plusieurs prélèvements peuvent encore s’appliquer.
À la sortie PLCI EIP
Cotisation INAMI 3,55 % 3,55 %
Cotisation de solidarité Jusqu’à 2 % Jusqu’à 2 %
Impôt sur le capital Rente fictive imposée à l’IPP (ne s’applique pas aux participations bénéficiaires) 10 à 20 % selon l’âge et les conditions
Situation favorable La rente fictive ne porte que sur 80 % du capital si la pension est prise à l’âge légal de la pension 10 % si les conditions favorables sont remplies
Additionnels communaux Oui, sur l’impôt Oui, sur l’impôt

Deux exemples très simplifiés

EIP

Imaginons un capital brut de 100.000 € à la pension, dans la situation favorable permettant une taxation à 10 %. Il faudra encore tenir compte notamment de :

  • 3.550 € d’INAMI
  • jusqu’à 2.000 € de cotisation de solidarité
  • environ 10 % d’impôt sur la base imposable
  • les additionnels communaux
  • et éventuellement la cotisation Wijninckx de 12,5 % si le capital total dépasse le seuil légal


Même dans le scénario fiscal le plus favorable, une partie significative du capital disparaît donc encore au moment de la sortie. Et cela vient après les frais d’entrée, la taxe de 4,4 % sur les primes et les éventuels frais supportés pendant toute la durée du contrat.

PLCI

Prenons également un capital de 100.000 €. À la sortie, il faut notamment tenir compte de :

  • 3.550 € d’INAMI
  • jusqu’à 2.000 € de solidarité
  • puis de l’imposition via la rente fictive


Dans une situation favorable à partir de 65 ans, la rente fictive correspond en principe à 5 % par an pendant 10 ans. Lorsque la pension est prise à l’âge légal de la pension, la rente fictive ne porte que sur 80 % du capital.
De plus, les participations bénéficiaires ne sont pas soumises à la rente fictive. Dans notre exemple, cela revient donc à déclarer 4.000 € de revenu imposable supplémentaire par an pendant 10 ans (80.000 € × 5 %), qui sera taxé avec les autres revenus à l’impôt des personnes physiques.

Le vrai problème : l'argent est bloqué

Pour nous, c’est probablement le point le plus important. Une pension complémentaire est conçue pour être utilisée… à la pension. 

Mais vous ne pouvez pas simplement décider à 45 ans : « Finalement, je préfère récupérer cet argent pour investir ailleurs. ».
Le problème n'est pas la fiscalité.
Le problème, c'est le temps.
35
ans
Un dirigeant doit attendre plusieurs dizaines d'années avant de pouvoir utiliser ce capital
L'argent est bloqué pendant une grande partie de votre vie professionnelle
« Pension perdue »
L'argent n'est pas perdu financièrement, mais il est perdu en termes de disponibilité pendant une grande partie de votre vie professionnelle.
Exceptions limitées : avance sur contrat, mise en garantie d'un crédit ou reconstitution d'un crédit hypothécaire, uniquement si le contrat le permet et dans le cadre d'un projet immobilier.

Le coût caché : ce que vous auriez pu faire avec cet argent

Un dirigeant de 40 ans.
Sa société verse 10 000 €/an pendant 20 ans.
0
de primes + rendement éventuel
Capital indisponible pendant 20 ans
Projet personnel
Immobilier
Portefeuille d'investissement
Réduire un crédit
Études des enfants
Nouvelle activité
Pour certains dirigeants, cette indisponibilité n'est pas problématique.
Pour d'autres, elle représente un coût important.
L'indisponibilité a aussi une valeur

Le risque législatif : l'inconnu des prochaines décennies

C’est un aspect souvent sous-estimé.

Plus la durée restante avant la pension est longue, plus le risque de modification législative est élevé.
Personne ne sait à quelle sauce le contribuable sera mangé en 2050. Quelques exemples concrets de changements déjà survenus :

  • La cotisation de solidarité est passée à 2 % depuis un montant beaucoup plus faible qu’avant
  • La cotisation Wijninckx a quadruplé, passant de 3 % à 12,5 % depuis le 1er janvier 2026
  • L’âge légal de la pension est passé de 60 à 65, puis à 67 ans. Dans 30 ans, où en serons-nous ?

La conclusion est logique : plus la durée restante est longue, moins le produit pension est prévisible.

Cela renforce l’argument de la diversification : consacrer des montants raisonnables à la pension complémentaire reste pertinent, précisément parce qu’on ne sait pas non plus à quelle sauce les autres placements seront mangés.

Mais tout miser sur un seul type de produit pendant 30 ans revient à parier sur la stabilité d’une législation qui n’a jamais cessé de bouger.

Et le rendement dans tout cela ?

C’est un autre élément important.

Sur les dix dernières années, les marchés actions mondiaux ont connu des performances particulièrement élevées.

À titre de comparaison, le MSCI World a affiché sur certaines périodes de dix ans une performance annuelle moyenne supérieure à 10 %.

Cela ne signifie évidemment pas qu’un ETF ou un portefeuille actions reproduira cette performance à l’avenir. Et il ne faut pas comparer aveuglément un indice 100 % actions avec une assurance pension présentant éventuellement davantage de garanties ou un niveau de risque différent.

Mais cela rappelle un principe essentiel : un avantage fiscal ne compense pas automatiquement un rendement faible ou des frais élevés.

Ce qui compte réellement, c’est le rendement final : après frais, après fiscalité et après plusieurs dizaines d’années.

Faut-il alors arrêter son EIP ou sa PLCI ?

Non. Ce serait trop simpliste.

La PLCI reste notamment intéressante grâce à son avantage fiscal et à son impact sur les cotisations sociales. L‘EIP peut également être pertinent dans plusieurs situations concrètes.

L’effet « loin des yeux, loin des dépenses »
Pour certains dirigeants, l’EIP ou la PLCI jouent un rôle de discipline d’épargne.
Sans ce mécanisme forcé, ils seraient incapables de mettre de côté, par exemple pour acheter leur maison.

Dans ce cas, le produit de pension a une réelle valeur, au-delà de la fiscalité.
En fin de carrière Un EIP peut se justifier davantage en fin de carrière, lorsque la durée de blocage restante est courte et que le risque législatif est limité. Sans exagérer les montants.

Pour accéder au taux réduit à l’ISoc L’EIP ou la PLCI peuvent aussi servir de levier pour accéder au taux réduit de 20 % à l’ISoc.

Préparer sa pension autrement

Préparer sa pension ne signifie pas nécessairement placer tout son argent dans un produit portant le mot « pension ».

Un dirigeant peut également construire son patrimoine au travers :
  • d’investissements privés diversifiés
  • de biens immobiliers
  • d’ETF
  • d’autres placements financiers
  • ou encore d’investissements réalisés directement par sa société

La société peut par exemple faire travailler une partie de sa trésorerie au travers de certaines solutions telles que les SICAV RDT, lorsque celles-ci sont adaptées à sa situation.

L’objectif reste le même : disposer d’un patrimoine suffisant lorsque l’on arrête de travailler. La différence est que certains investissements peuvent offrir davantage de flexibilité avant la pension.

Pourquoi regardons-nous aussi le POA ?

Logique différente
Le plan d'options sur actions
n'est pas un produit de pension
📋
Attribution d'options
📊
Avantage imposable calculé (loi du 26/03/1999)
Plus-values non imposables
Plutôt que de bloquer une partie importante de sa rémunération jusqu'à la pension, le dirigeant peut récupérer une rémunération nette plus rapidement et décider lui-même de ce qu'il souhaite en faire.
Le dirigeant choisit librement
Investir
Rembourser un crédit
Acheter de l'immobilier
Réserve de sécurité
Préparer sa pension
La différence fondamentale est là : la liberté de choix


Retrouvez notre article complet de le Plan d’Options sur Actions (POA) en cliquant ici.

EIP, PLCI, POA ou SICAV RDT ?

PLCI EIP POA SICAV RDT
Objectif principal Pension Pension Rémunération Investissement de trésorerie
Avantage fiscal Oui Oui Oui, selon le régime applicable Oui, sous conditions (régime RDT)
Frais d’entrée Variables, souvent ± 3 % Variables, souvent ± 3 % Dépend du plan Variables selon la sicav
Capital destiné à la pension Oui Oui Pas directement Non
Disponibilité du capital Faible avant la pension Faible avant la pension Plus rapide selon le plan Élevée (liquidité via la société)
Liberté d’utilisation Faible Faible Plus élevée Élevée, au niveau de la société
Possibilité d’investir soi-même Indirecte Indirecte Oui, avec le patrimoine privé constitué Oui, via la trésorerie de la société

Notre approche chez Fiscal Team

La bonne question n’est donc pas : « Combien puis-je mettre au maximum dans mon EIP ? ».

Mais plutôt :

  • De combien aurai-je besoin à la pension ?
  • De combien pourrais-je avoir besoin avant ?
  • Comment puis-je préparer ma retraite autrement au travers d’investissements ? »


Nous regardons donc l’ensemble de la situation : rémunération, dividendes, EIP, PLCI, POA, trésorerie disponible, patrimoine privé, investissements et projets futurs.

L’objectif n’est pas simplement d’obtenir la plus grosse déduction fiscale possible aujourd’hui.

L’objectif est de disposer du meilleur patrimoine net possible, au bon moment et avec suffisamment de liberté.

Conservez éventuellement une part limitée de votre épargne (entre 100 € et 500 € par mois) dans un ou plusieurs produits de pension bénéficiant d’avantages fiscaux soit via votre société soit en privé.
Mais envisagez d’investir le reste de manière plus intelligente.

À retenir

Vous avez des questions sur vos investissements futurs ?

Chez Fiscal Team, nous préférons combiner intelligemment les solutions plutôt que maximiser automatiquement une pension complémentaire.

Contactez nos experts-comptables pour vous conseiller au mieux.

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