En bref
L’EIP et la PLCI offrent de réels avantages fiscaux, mais plusieurs éléments méritent d’être examinés avant de les maximiser automatiquement.
- L'EIP et la PLCI offrent un avantage fiscal réel, mais des frais d'entrée (souvent environ 3 %) et, pour l'EIP, une taxe de 4,4 % sur les primes réduisent le montant réellement investi.
- La cotisation Wijninckx est passée de 3 % à 12,5 % depuis le 1er janvier 2026 pour les capitaux dépassant le seuil légal.
- Le capital reste peu disponible avant la pension, parfois pendant plusieurs dizaines d'années, et le risque de modification législative augmente avec la durée.
- Pour certains dirigeants, l'EIP ou la PLCI restent utiles comme épargne forcée pour accéder au taux réduit à l'ISoc.
Et pour cause : ils offrent de vrais avantages fiscaux pour préparer sa pension.
Mais fiscalement intéressant ne signifie pas automatiquement financièrement optimal.
Frais d’entrée, taxes, frais de gestion, rendement et surtout argent immobilisé pendant parfois plusieurs dizaines d’années.
Il ne faut pas perdre de vue que la pension complémentaire, qu’elle prenne la forme d’une PLCI ou d’un EIP, dépend directement d’une rémunération soumise à l’IPP.
Pour l’EIP en particulier, cette rémunération doit souvent être suffisamment élevée pour permettre la constitution d’un capital pension intéressant, ce qui s’avère paradoxalement contre-productif sur le plan fiscal : opter pour une rémunération plus importante revient à subir une taxation IPP lourde et progressive, année après année.
À l’inverse, une stratégie combinant une rémunération modérée, voire réduite, complétée par un POA et par des investissements dans des fonds ou des ETF, aboutit généralement à un résultat net plus favorable, en évitant l’écueil d’une pression fiscale excessive sur les revenus professionnels.
Chez Fiscal Team, nous préférons regarder l’ensemble de l’équation avant de maximiser une pension complémentaire.
EIP et PLCI : de quoi parle-t-on ?
Le premier coût : les frais d'entrée
Pour une PLCI comme pour un EIP, des frais d’entrée peuvent être prélevés à chaque versement.
Ils varient selon le produit, l’assureur et l’intermédiaire, mais ils tournent fréquemment autour de 3 %.
Cela signifie que lorsque vous versez 10.000 €, l’intégralité de cette somme ne commence pas nécessairement à produire un rendement.
Dans le cas de l’EIP, il faut encore ajouter une taxe de 4,4 % sur les primes. Autrement dit, un EIP peut déjà supporter plusieurs coûts avant même de commencer réellement à travailler pour votre pension.
Combien travaille réellement pour vous ?
souvent ± 3 % selon le contrat
Seuls les frais d'entrée s'appliquent.
Quels sont les principaux coûts ?
Un produit affichant un avantage fiscal important peut en effet être moins intéressant que prévu si les frais sont élevés et le rendement faible.
Et concrètement, que reste-t-il à la sortie ?
| À la sortie | PLCI | EIP |
|---|---|---|
| Cotisation INAMI | 3,55 % | 3,55 % |
| Cotisation de solidarité | Jusqu’à 2 % | Jusqu’à 2 % |
| Impôt sur le capital | Rente fictive imposée à l’IPP (ne s’applique pas aux participations bénéficiaires) | 10 à 20 % selon l’âge et les conditions |
| Situation favorable | La rente fictive ne porte que sur 80 % du capital si la pension est prise à l’âge légal de la pension | 10 % si les conditions favorables sont remplies |
| Additionnels communaux | Oui, sur l’impôt | Oui, sur l’impôt |
Deux exemples très simplifiés
EIP
Imaginons un capital brut de 100.000 € à la pension, dans la situation favorable permettant une taxation à 10 %. Il faudra encore tenir compte notamment de :
- 3.550 € d’INAMI
- jusqu’à 2.000 € de cotisation de solidarité
- environ 10 % d’impôt sur la base imposable
- les additionnels communaux
- et éventuellement la cotisation Wijninckx de 12,5 % si le capital total dépasse le seuil légal
Même dans le scénario fiscal le plus favorable, une partie significative du capital disparaît donc encore au moment de la sortie. Et cela vient après les frais d’entrée, la taxe de 4,4 % sur les primes et les éventuels frais supportés pendant toute la durée du contrat.
PLCI
Prenons également un capital de 100.000 €. À la sortie, il faut notamment tenir compte de :
- 3.550 € d’INAMI
- jusqu’à 2.000 € de solidarité
- puis de l’imposition via la rente fictive
Dans une situation favorable à partir de 65 ans, la rente fictive correspond en principe à 5 % par an pendant 10 ans. Lorsque la pension est prise à l’âge légal de la pension, la rente fictive ne porte que sur 80 % du capital.
De plus, les participations bénéficiaires ne sont pas soumises à la rente fictive. Dans notre exemple, cela revient donc à déclarer 4.000 € de revenu imposable supplémentaire par an pendant 10 ans (80.000 € × 5 %), qui sera taxé avec les autres revenus à l’impôt des personnes physiques.
Le vrai problème : l'argent est bloqué
Mais vous ne pouvez pas simplement décider à 45 ans : « Finalement, je préfère récupérer cet argent pour investir ailleurs. ».
Le coût caché : ce que vous auriez pu faire avec cet argent
Pour d'autres, elle représente un coût important.
Le risque législatif : l'inconnu des prochaines décennies
C’est un aspect souvent sous-estimé.
Plus la durée restante avant la pension est longue, plus le risque de modification législative est élevé.
Personne ne sait à quelle sauce le contribuable sera mangé en 2050. Quelques exemples concrets de changements déjà survenus :
- La cotisation de solidarité est passée à 2 % depuis un montant beaucoup plus faible qu’avant
- La cotisation Wijninckx a quadruplé, passant de 3 % à 12,5 % depuis le 1er janvier 2026
- L’âge légal de la pension est passé de 60 à 65, puis à 67 ans. Dans 30 ans, où en serons-nous ?
La conclusion est logique : plus la durée restante est longue, moins le produit pension est prévisible.
Cela renforce l’argument de la diversification : consacrer des montants raisonnables à la pension complémentaire reste pertinent, précisément parce qu’on ne sait pas non plus à quelle sauce les autres placements seront mangés.
Mais tout miser sur un seul type de produit pendant 30 ans revient à parier sur la stabilité d’une législation qui n’a jamais cessé de bouger.
Et le rendement dans tout cela ?
Sur les dix dernières années, les marchés actions mondiaux ont connu des performances particulièrement élevées.
À titre de comparaison, le MSCI World a affiché sur certaines périodes de dix ans une performance annuelle moyenne supérieure à 10 %.
Cela ne signifie évidemment pas qu’un ETF ou un portefeuille actions reproduira cette performance à l’avenir. Et il ne faut pas comparer aveuglément un indice 100 % actions avec une assurance pension présentant éventuellement davantage de garanties ou un niveau de risque différent.
Mais cela rappelle un principe essentiel : un avantage fiscal ne compense pas automatiquement un rendement faible ou des frais élevés.
Ce qui compte réellement, c’est le rendement final : après frais, après fiscalité et après plusieurs dizaines d’années.
Faut-il alors arrêter son EIP ou sa PLCI ?
Non. Ce serait trop simpliste.
La PLCI reste notamment intéressante grâce à son avantage fiscal et à son impact sur les cotisations sociales. L‘EIP peut également être pertinent dans plusieurs situations concrètes.
L’effet « loin des yeux, loin des dépenses »
Pour certains dirigeants, l’EIP ou la PLCI jouent un rôle de discipline d’épargne.
Sans ce mécanisme forcé, ils seraient incapables de mettre de côté, par exemple pour acheter leur maison.
Dans ce cas, le produit de pension a une réelle valeur, au-delà de la fiscalité.
En fin de carrière Un EIP peut se justifier davantage en fin de carrière, lorsque la durée de blocage restante est courte et que le risque législatif est limité. Sans exagérer les montants.
Pour accéder au taux réduit à l’ISoc L’EIP ou la PLCI peuvent aussi servir de levier pour accéder au taux réduit de 20 % à l’ISoc.
Préparer sa pension autrement
Un dirigeant peut également construire son patrimoine au travers :
- d’investissements privés diversifiés
- de biens immobiliers
- d’ETF
- d’autres placements financiers
- ou encore d’investissements réalisés directement par sa société
La société peut par exemple faire travailler une partie de sa trésorerie au travers de certaines solutions telles que les SICAV RDT, lorsque celles-ci sont adaptées à sa situation.
L’objectif reste le même : disposer d’un patrimoine suffisant lorsque l’on arrête de travailler. La différence est que certains investissements peuvent offrir davantage de flexibilité avant la pension.
Pourquoi regardons-nous aussi le POA ?
n'est pas un produit de pension
Retrouvez notre article complet de le Plan d’Options sur Actions (POA) en cliquant ici.
EIP, PLCI, POA ou SICAV RDT ?
| PLCI | EIP | POA | SICAV RDT | |
|---|---|---|---|---|
| Objectif principal | Pension | Pension | Rémunération | Investissement de trésorerie |
| Avantage fiscal | Oui | Oui | Oui, selon le régime applicable | Oui, sous conditions (régime RDT) |
| Frais d’entrée | Variables, souvent ± 3 % | Variables, souvent ± 3 % | Dépend du plan | Variables selon la sicav |
| Capital destiné à la pension | Oui | Oui | Pas directement | Non |
| Disponibilité du capital | Faible avant la pension | Faible avant la pension | Plus rapide selon le plan | Élevée (liquidité via la société) |
| Liberté d’utilisation | Faible | Faible | Plus élevée | Élevée, au niveau de la société |
| Possibilité d’investir soi-même | Indirecte | Indirecte | Oui, avec le patrimoine privé constitué | Oui, via la trésorerie de la société |
Notre approche chez Fiscal Team
La bonne question n’est donc pas : « Combien puis-je mettre au maximum dans mon EIP ? ».
Mais plutôt :
- De combien aurai-je besoin à la pension ?
- De combien pourrais-je avoir besoin avant ?
- Comment puis-je préparer ma retraite autrement au travers d’investissements ? »
Nous regardons donc l’ensemble de la situation : rémunération, dividendes, EIP, PLCI, POA, trésorerie disponible, patrimoine privé, investissements et projets futurs.
L’objectif n’est pas simplement d’obtenir la plus grosse déduction fiscale possible aujourd’hui.
L’objectif est de disposer du meilleur patrimoine net possible, au bon moment et avec suffisamment de liberté.
Conservez éventuellement une part limitée de votre épargne (entre 100 € et 500 € par mois) dans un ou plusieurs produits de pension bénéficiant d’avantages fiscaux soit via votre société soit en privé.
Mais envisagez d’investir le reste de manière plus intelligente.
À retenir
- Des frais d'entrée, souvent proches de 3 % selon les contrats, peuvent réduire le montant réellement investi, et pour l'EIP, une taxe de 4,4 % sur les primes vient encore s'ajouter.
- Des cotisations et une fiscalité existent également à la sortie : le rendement réel doit toujours être analysé après frais et après fiscalité.
- Le principal désavantage reste l'indisponibilité du capital pendant de nombreuses années.
Vous avez des questions sur vos investissements futurs ?
Chez Fiscal Team, nous préférons combiner intelligemment les solutions plutôt que maximiser automatiquement une pension complémentaire.
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